Sommaire exécutif
En 1804, Haïti a réalisé l’inimaginable en devenant la seule nation indépendante où des esclaves ont gagné leur indépendance. Haïti a souffert énormément au cours des dernières décennies. Depuis les dernières élections démocratiques de 2006, Haïti vit une situation politique et sécuritaire plus stable. Les enjeux de l’heure se situent au niveau de la création de la prospérité et de la définition d’une vision partagée pour Haïti.
La crise politique haïtienne a considérablement ralenti le développement de la nation. Le PIB par habitant d’Haïti a diminué de moitié depuis 1981 passant de 800 $ à 400 $, exprimé en pouvoir d’achat de 1981. Pour atteindre la croissance économique durable et la prospérité pour tous ces citoyens, Haïti doit sortir du « cycle de survie » dans lequel il se trouve actuellement. Haïti est fortement dépendant de l’aide étrangère. Cette dépendance est perpétuée par l’état actuel de stagnation économique.
Un consensus existe sur l’importance de la compétitivité dans la création de la prospérité économique. Michael Porter de Harvard définit la compétitivité comme conséquence de la productivité. Le niveau de vie d’une nation dépend avant tout du revenu gagné par la majorité de ses habitants et ce revenu est déterminé par leur productivité et par leur capacité à créer des produits et services susceptibles d’être consommés par des clients nationaux et étrangers. En ce sens, aujourd’hui, Haïti est une nation souffrant d’un grave déficit de compétitivité, d’un manque d’exploitation de son potentiel à créer des produits rentables et, par conséquent, d’un chômage et d’une pauvreté endémiques.
84 % des répondants dans le sondage national des attitudes estiment qu’une vision nationale partagée est primordiale pour le développement d’Haïti. Le Président de la République a donné mandat au Groupe de Travail sur la Compétitivité (GC) d’articuler cette vision. Avec le soutien du Groupe OTF, le GC s’attèle à faciliter un Processus de Vision Partagée (PVP) dont le présent document est le rapport préliminaire.
Ce document se propose d’être une plate-forme de débat sur la voie à suivre, et non comme la réponse définitive aux problèmes auxquels fait face Haïti. Le travail du Groupe Compétitivité repose sur cinq principes importants :
Paix, sécurité et environnement macro-économique stable et incitatif à la production sont essentiels pour la prospérité.
La population haïtienne a besoin d’emplois de qualité et d’opportunités rurales et urbaines.
Haïti est une nation principalement agricole avec une large population paysanne et rurale.
Le gouvernement a un rôle important dans le soutien de l’initiative privée.
La vision partagée d’Haïti doit être acceptée par tous et mise en oeuvre conjointement.
Bien que soucieux d’une économie durable, les Haïtiens ont besoin de résultats immédiats. Le GC a traduit ces aspirations en un objectif triple. D’abord, « la création de 500,000 emplois en 3 ans à travers un portefeuille de grappes de croissance ». Agir, en second lieu, à travers toute la nation surtout dans le monde rural et dans le secteur des PME et des micro-entreprises. Enfin, un secteur privé élargi comme moteur de croissance et le gouvernement comme facilitateur.
Après une analyse détaillée de 42 grappes potentielles, les fruits et tubercules, l’élevage, le tourisme, la confection de vêtements et le Business Process Outsourcing (c.-à-d., externalisation des services ou BPO) émergent comme les grappes à plus fort potentiel pour l’économie haïtienne. Ce portefeuille balance les impératifs de création d’emplois à court terme avec une transformation structurelle de l’économie haïtienne. Des grappes transversales de soutien — la construction et infrastructure, le financement, les technologies de l’information et de communication, la formation & éducation et le cadre des affaires - devront soutenir ces grappes de croissance.
Haïti regorge de plans, stratégies et rapports. Le succès dans la compétitivité requiert « d‘agir » et de « penser » différemment. Deux types de contraintes émergent. La première est au niveau des mentalités : un sondage auprès de 752 leaders haïtiens révèle à ce sujet un manque de confiance profond au sein de la société haïtienne. Cette méfiance ainsi que le scepticisme vis-à-vis de l’initiative privée et l’absence de compréhension de la compétitivité devront être abordés. Le GC propose un processus d’appropriation de cette vision.
Au niveau du contexte des affaires, le secteur privé relève la corruption, la criminalité, les infrastructures et l’accès au capital comme les principales contraintes. 63% des PME et micro-entreprises déclarent avoir vu leur profit baisser au cours des trois dernières années. Bien que disposées à recevoir de l’aide, ces entreprises notent une absence de services d’appui. Haïti ne fera pas l’économie d’une politique de soutien véritable à l’entrepreneuriat.
Il est cependant nécessaire qu’Haïti passe à la vitesse supérieure. Spécifiquement, la nation haïtienne a une opportunité unique d’amorcer la métamorphose de son économie. Pour réaliser cette opportunité, le GC préconise que la nation construise trois piliers ; 1) créer une culture de l’innovation et de la compétitivité, 2) la mise en oeuvre de partenariat public privé et de quick-wins incluant des actions de soutien aux PME, et 3) l’amélioration de l’environnement des affaires. La compétitivité est un marathon. Par ailleurs, une mise en oeuvre efficace de ces stratégies exige une volonté de collaboration entre le gouvernement, le secteur privé et la société civile. Le GC suggère l’établissement d’un cadre permanent à travers un Conseil National de la Compétitivité rassemblant toutes les forces vives de la nation. Cela permettra de renforcer le niveau de confiance entre les secteurs public et privé.
La prospérité est un choix. Les moyens de transformer l’économie haïtienne sont aux mains des leaders haïtiens. La nation doit passer très rapidement de la phase des débats à l’action pour exploiter pleinement les possibilités qu’offre le pays. Si les leaders haïtiens collaborent et focalisent leurs efforts sur les secteurs et actions ciblées dans ce rapport, la population haïtienne peut bénéficier réellement des dividendes de la stabilité.